Retour en France à Montesson le jeudi 10 mai 2012. Merci à tous ceux qui nous ont suivis durant cette aventure. L'hémisphère Sud en 280 jours

jeudi 15 décembre 2011

ARGENTINE (1/2)



"Les Argentins sont des Italiens qui parlent Espagnol et se prennent pour des Français" (Octavio Paz)

"Les Mexicains descendent des Aztèques, les Péruviens descendent des Incas et les Argentins descendent... du bateau" (proverbe amusant à la paternité contestée, assez vrai pour l'origine de beaucoup d'Argentins, mais qui ne tient pas compte des trop peu nombreux Mapuches, Guaranis, Tobas, Tehuelches, Wichis, Kollas, Comechingones,...)


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USHUAIA (TERRE DE FEU) - Du 4 au 15 décembre   


La ciudad más austral del mundo. Enfin presque, parce que Puerto Williams (au Chili) est légèrement plus au sud, mais c’est plus un village qu’une ville. Bon, on va pas chipoter, on va dire qu’on est au bout du monde ; et puis aussi Eva Joly avait qu’à réaliser une émission qui s’appelle « Puerto Williams », et peut-être qu’on n’en serait pas là…
Bien évidemment, le titre de ville du bout du monde a un impact touristique et économique d’importance. Mais nous sommes tout de même à 150 km du Cap Horn, et 1000 de l'Antarctique.




La Patagonie est la dernière région du monde où l’homo sapiens s’est installé (-14000 ans). La Terre de Feu étant au bout de la Patagonie, c’est donc le dernier endroit où l’homme est arrivé dans sa migration depuis l’Afrique (-10000 ans av. JC). Les Alakalufes et les Yagans (aussi appelés Yamanas) sont les principaux Amérindiens à peupler ce territoire.
La Tierra del Fuego (Terre de Feu) a ainsi été nommée en raison des nombreuses fumées que les premiers explorateurs observèrent. L’explication la plus plausible est liée au fait que les Yamanas vivaient nus (c’est semble-t-il le meilleur moyen qu’ils aient trouvé pour sécher plus rapidement dans ce climat humide) mais s’enduisaient le corps d’huile de mammifère marin. Et bien sûr, ils entretenaient constamment des feux pour se réchauffer, y compris sur les canoës.
Un passionnant petit musée rassemble beaucoup d’éléments sur la vie de ces chasseurs-cueilleurs et permet de voir des photos et films amassés lors d’expéditions scientifiques.
Mais c’est un peu toujours le même cycle inéluctable : le gouvernement argentin a généreusement octroyé des terres aux riches propriétaires pour y installer leurs estancias afin de coloniser des territoires inoccupés avant les chiliens ; les propriétaires en question ont fait faire par l’état ou fait eux-mêmes le nettoyage des populations indigènes, écrivant ainsi de sinistres pages de l’histoire sud-américaine, surtout dans la deuxième moitié du 19e mais aussi au 20e siècle. Tout cela sans compter les milliers d’Amérindiens décimés par les maladies apportées par les Européens.


Le canal où baigne la baie d’Ushuaia porte le nom du bateau de la fameuse expédition à laquelle participait Charles Darwin (tiens, encore lui) dans les années 1830. Nous allons en excursion sur un petit bateau voir de plus près cormorans et lions de mer, dont nous verrons mieux qu’aux Galapagos la crinière des mâles à l’origine de leur nom. Sur certaines îles, comme sur la côte, nous imaginons avec émotion les Yamanas installant leurs campements nomades dans des creux, entourés de monticules formés au fil des siècles par les coquillages vidés, base de leur nourriture, ou également restes de mammifères ou oiseaux marins.



Résultat de conflits militaires et d’âpres négociations, le découpage des frontières entre Chili et Argentine partage le canal en deux au niveau d’Ushuaia ; les montagnes en face sont donc chiliennes. Passez un peu de temps sur une carte pour apprécier la bêtise des frontières en Terre de Feu !




Un autre événement continue de marquer l’esprit des Argentins, et surtout en Terre de Feu : le conflit des Malouines (ici on ne dit pas Falklands) : même si le conflit a été initié par la junte en 1982, l’immense majorité des Argentins considère que ces terres, revendiquées depuis près de 200 ans, leur appartient. Les faits sont pourtant contraires, mais les monuments à la gloire des héros et victimes sont omniprésents, d’autant plus que les soldats partaient et revenaient d’Ushuaia ou Rio Grande plus au nord.

La ville n’a pas en elle-même énormément de charme, même si les rues en pente orientées vers le canal font penser à celles de San Francisco. Ce qui impressionne surtout, c’est la ceinture formée par les montagnes juste au-dessus. La plupart des monts restent enneigés et au petit matin il est fréquent d’apercevoir les pentes en partie recouvertes, avant que cette neige fraiche ne fonde dans la journée. Avec la baie, la vue est superbe, qu’on se trouve sur le canal ou d’un point de vue en hauteur. Quand en plus on y ajoute la lumière particulière de fin de journée, on ne regrette vraiment pas le déplacement !


Tout ici nous rappelle que, malgré l’éloignement, Ushuaia reste la porte de l’Antarctique. Avant la construction du canal de Panama, le détroit de Magellan et le canal de Beagle étaient des routes de commerce importantes. Aujourd’hui, les bateaux de croisières ou d’expéditions plus ou moins scientifiques accostent près des porte-containers ou gaziers dans le port (port en eaux profondes). Les librairies sont largement fournies en recueils à la gloire des explorateurs polaires. Pensez à lire ou relire les aventures d’Ernest Shackleton et de ses hommes, les fameux rescapés de l’Endurance : malgré leur tentative de traverser le continent polaire en passant par le pôle qui échoue, puisque le bateau a été broyé par les glaces, leur aventure s’est transformée en triomphe, tous les hommes ayant survécu luttant contre le froid et la faim durant de longs mois. Le Norvégien Roald Amundsen est aussi célébré en héros en ayant atteint le premier le pôle (il y a tout juste un siècle) ; petit farceur, il avait laissé une lettre à l’attention du roi de Norvège et une pour son concurrent à la course au pôle, Scott, qui a très mal pris, en arrivant sur les lieux quelques semaines plus tard, le fait de passer d’explorateur à facteur (celui-ci a d’ailleurs été retrouvé mort dans sa tente lors du retour de son expédition).

A force de regarder les bateaux aux noms évocateurs tels que le Boréal, l’Australis ou le National Geographic Explorer en partance pour le grand sud, la tentation d’envoyer valser la suite du tour du monde et la convertir en expédition polaire nous a quelques heures traversé l’esprit ; mais nous irons finalement sur les traces de Dumont d’Urville et de Charcot, pourquoi pas, une autre fois…










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PARQUE NACIONAL LOS GLACIARES (El Chalten et El Calafate) – Du 22 novembre au 4 décembre

El Chalten



El Chaltén est la plus jeune ville d’Argentine, créée il y a un peu plus de 20 ans pour éviter que le Chili ne s’empare de la région. On commence enfin à voir des gauchos, avec leur chapeau, pantalons amples et bottes. Cette petite ville, pourtant encore loin de l’océan, nous évoque des images de villages polaires, par ses toits colorés, la proximité des glaciers, les paysages alentours de lande et de prairie rase et humide, les vents forts quasi permanents. Elle se situe dans la partie nord du parc des glaciers, en plein massif du « Fitz Roy ». Le Cerro Torre et le Fitz Roy sont des sommets déchirés de granite atypiques, de réputation mondiale pour les alpinistes (et andinistes). Beaucoup viennent défier ces sommets vertigineux aux conditions climatiques délicates ; tous ne rentrent pas à la maison…




Nous profiterons un peu des multiples sentiers de randonnée offrant de beaux points de vue sur le sud de la cordillère et de magnifiques glaciers. Mais même si l’été approche, l’humidité n’est jamais loin et surtout le vent peut souffler pendant plusieurs jours sans passer sous les 40 km/h ! Le Fitz Roy n’a eu que quelques heures dégagées durant notre séjour.

Les chemins longent parfois des forêts de ñires (variétés de hêtres à petite taille à feuilles caduques), malmenés par les pics, les cervidés et les vents violents.












El Calafate

El Calafate est une baie. Une baie sur les rives du grand Lago Argentino, mais aussi une baie délicieuse que nous avons appréciée en glaces. Il faut dire qu’on s’y connaît ici, en glaces… et surtout en glaciers, puisqu’on compte une quinzaine de glaciers à proximité. Et c’est très étonnant. Nous sommes en effet à très basse altitude (2 à 300 mètres). Si la température est parfois négative l’hiver, elle est en moyenne de 10 degrés sur l’année, avec des pointes à plus de 20 l’été. Même la neige, sur le bas des glaciers, ne tombe que de 1 à 3 mètres par an.  Non, non, ne cherchez pas non plus du côté de la latitude, nous sommes encore très loin de l’Antarctique ; El Calafate est approximativement à la même distance de l’équateur que Lille...

Le mystère de ces glaciers tient dans le fait que des vents constants proviennent du Pacifique (donc de l’ouest), buttent et s’élèvent sur la cordillère, et provoquent des précipitations intenses (300 jours de neige par an) environ 15 kilomètres en amont des lacs Argentino et Viedma. Cette neige se compacte et glisse pour former ces glaciers. Parmi eux, plusieurs perdent au fil des années du volume, mais le plus spectaculaire, le Perito Moreno, stagne, voire progresse. Son observation est très facile, du rivage quelques dizaines de mètres face au glacier. Parfois, de petits blocs se détachent des parois, dans un fracas retentissant. On n’ose imaginer le bruit quand des pans entiers tombent dans le lac. Mais nous souhaitions nous approcher encore plus près du cœur du glacier.






C’est donc chaussés de crampons que nous entamons une randonnée très atypique, longeant séracs et crevasses. En fin de randonnée, verre de whisky avec glace du glacier (pour les adultes) et alfajores.





Pour fêter cet exploit, magnifiques grillades de viandes dans un bon restau (la Tablita) de El Calafate !
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NORD DE LA PATAGONIE, COTE ATLANTIQUE – Du 11 au 21 novembre

Ne nous le cachons pas : la Patagonie, par ses immenses distances et ses paysages de pampa sans fin, peut paraître morne et d’un ennui terrible. On peut traverser une région allant de Paris à Toulouse, avec un paysage unique de type steppe, et une seule station service au risque important de rupture. Il faut dire que la Patagonie, c'est toute la zone qui s'étend à partir du 39e parallèle jusqu'en Terre de Feu. Ici, nous ne voyons pas de cultures, mais des estancias de plusieurs milliers d'hectares où des millions de moutons attendent que leur laine parte en grande partie à l'exportation.
Bien sûr, les populations amérindiennes (parmi lesquelles les plus connues sont les Mapuches et les Tehuelches - ou Aonikenk dans la région des glaciers -) ont depuis longtemps été décimées. Les programmes de sédentarisation (voire d’extermination) depuis 1870, ainsi que les répressions suite aux grandes grèves des années 1920-1921, préfigurent tristement les agissements des régimes militaires du XXe siècle qu’a connus l’Argentine.



Mais la côte patagonienne offre des pépites, parmi lesquelles la péninsule de Valdès. Très peu peuplée, on y accède en provenance de Puerto Madryn en traversant un isthme, duquel on aperçoit les deux golfes.


Après avoir récupéré le deuxième lot de grands-parents, qui ont expérimenté les grèves d’aéroport et le bus sur près de 2000 km, nous gagnons donc la réserve naturelle. On y rencontre de très nombreux guanacos, plus hauts sur pattes que les lamas, presque aussi sveltes que les vigognes; ces animaux ont une capacité d'adaptation étonnante, puisqu'on en retrouve jusqu'à 4500m d'altitude. Nous verrons aussi évoluer des tatous, tout droit sortis de la préhistoire.





Sur la côte est, une fine langue de plus de 30 km permet à quelques manchots de Magellan, des lions de mer et aussi la principale colonie d’Amérique du Sud d’éléphants de mer de se reproduire au bord du chenal.

 
A la pointe nord, s’ébattent une poignée de lions de mer. A priori, plutôt banal, sauf que de temps à autres, des escadrons d’orques se précipitent sur la plage pour bouloter les plus insouciants d’entre eux. Ce phénomène, fruit de l'activité humaine du début du XXe siècle avec les massacres de mammifères marins, est quasi unique au monde (se retrouve aux îles Crozet dans l'Océan indien). Nous n’aurons pas la chance de voir les épaulards se jeter ainsi, car même à marée haute les vagues étaient insuffisantes, mais nous apercevrons tout de même un trio passer à quelques mètres du bord et un bouillonnement nous indique qu’ils ont certainement fait un bon repas d’un lion de mer parti chercher du poisson.


Mais la péninsule est surtout réputée pour ses deux golfes qui accueillent 6 mois par an des centaines de baleines, ici pour se reproduire et élever leurs petits. On estime qu’il y en a ainsi plus de 800 chaque année. Du bord des falaises, il est très facile d’en observer certaines, tapant avec leur queue à la surface de l’eau, lançant de grands jets d’eau par leurs évents, ou pour les plus joueuses, sortant de l’eau à la verticale et retombant lourdement dans l’eau. Une sortie organisée en bateau nous permet de les laisser s’approcher et de les observer à quelques mètres de nous : 12 à 14 tonnes si proches imposent le respect !




La plus grosse colonie de pingouins (ou plutôt de manchots de Magellan) est à Punta Tumbo, mais nous choisissons d’aller dans un endroit moins connu, Cabo dos Bahia (près de Camarones). Ici, 25000 couples tout de même viennent se reproduire, élever les petits et reprendre des forces ; il faut dire qu’ils migrent sur des milliers de kilomètres le long de la côte sud-américaine. Les mâles sont arrivés les premiers il y a quelques mois et ont préparé les nids en attendant les femelles, délicate attention.



Mi-novembre, c'est-à-dire à la période actuelle, sortent des œufs les petits. Généralement 2 par nid, ils restent plusieurs semaines au chaud avec un de leurs parents, l’autre faisant des allers-retours pour apporter de petits poissons. Au fond des nids, nous distinguons en effet des œufs, souvent des coquilles vides, et parfois des petits aux plumes foncées cherchant des béquées.























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EL BOLSON  – Du 1er au 10 novembre        

En provenance de Salta via Buenos Aires, nous atterrissons de manière presque improvisée à Neuquen, et rejoignons de nuit El Bolson, où nous avons un hébergement… que nous avons annulé pensant n’arriver qu’au petit matin : les volcans chiliens Puyehue et Hudson envoient gentiment leurs cendres sur la Patagonie, nous ne verrons donc ni Bariloche ni Esquel. C’est donc vers 3h10 (eh oui, du mat) que nous nous présentons sans prévenir chez Valeria et Claudio (hospedaje Pehuenia) : café, pizza, boissons… nous n’avons ni faim ni soif, mais n’osons refuser face à un accueil si chaleureux !


Le climat a radicalement changé par rapport à celui que nous connaissions jusqu’au tropique ; la neige fait son apparition autour de 2500m, alors que plus au nord, on n’en voyait qu’au-delà des 5000m. Le relief et la végétation, également, évoquent davantage les Alpes.


Ici les fruits ont déjà pris la place des fleurs dans les cerisiers, la lavande est en fleurs et le soleil se couche de plus en plus tard. Mais comme chez nous, les guirlandes et les sapins en plastique sont déjà dans les magasins.
Comme un peu partout en Argentine, on boit du maté à la pipette (bombilla) dans des pots spécifiques, on mange du « dulce de leche » (confiture de lait), des empanadas, des alfajores (pâtisseries) et des asados (grillades de viande au feu de bois) et en plus une spécialité locale, du yogourt bio vendu en sachets, avec des morceaux de fruits rouges des environs.
L’Argentine est le royaume des grillades, et Claudio ne doit pas être loin d’en être le Roi. C’est aussi la patrie des empanadas, et Valeria, c’est sûr, en est la Reine.











 
Vendredi soir, Nico, 10 ans, emmène Sylien à son entraînement de foot. Sylien participe et il est convenu qu’il pourra jouer samedi et dimanche lors des matches du week-end. C’est ainsi que, très officiellement (après présentation du passeport), il sera sur les feuilles de match.  Mais attention, ici, même pour les petits, le foot s’apparente à une religion (dont Maradona est le Dieu, et Messi son prophète actuel). L’accueil de l’entraîneur, des petits copains footballeurs et des parents a été à la hauteur de la réputation des argentins. Sylien a très vite fait partie du groupe. A El Bolson, il y a pour 30000 habitants 24 clubs (certifié par un habitant qui avait lui-même des ascendants marseillais). Quelque soit le nombre, les matches sont généralement El Bolson contre El Bolson ; ça a un côté pratique…


La région d’El Bolson est parfaite pour des randonnées de quelques heures ou sur la journée. Une très belle randonnée le long du Rio Azul nous fait traverser des ponts suspendus à la solidité très relative. La pêche est aussi très pratiquée dans les nombreux cours d’eau ; c’est ainsi que nous passerons une demie journée (en partie sous la pluie) à tenter d’attraper du poisson en compagnie de quatre Suédois avec une technique très locale : la pêche à la mouche avec boîtes de conserve d’ananas ! Globalement, la nature et surtout les truites n’ont pas à se plaindre de notre passage discret. Mais désormais nous sommes équipés et nous retenterons notre chance ailleurs en Patagonie.









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SALTA ET LES VALLEES CALCHAQUIES  - Du 17 au 31 octobre




Notre collection de tampons s’enrichit grâce au franchissement de la frontière boliviano-argentine. Villazon est le terminus côté bolivien, nous reprenons le bus à la Quiaca en Argentine. Plus que 5100 km pour rejoindre Ushuaïa.
Nous ferons une étape à Tilcara, joli village dans d’étonnants paysages. Le lendemain, nous rejoindrons Salta.
Petit à petit, les lamas laissent place aux chevaux.

Ici, ça chuinte fort : les « llamas » (lamas) deviennent des « CHamas », le « pollo » (poulet) devient du « poCHo » ; pas facile de toujours bien comprendre, au pays du « Che »…

Nous nous installons à Salta, où nous souhaitons bonne fin de voyage à Livia et Tanguy qui partent pour Iguazu. Mamie Chantal et Papy Daniel nous rejoignent peu de temps après. Nous restons à Salta quelques jours, histoire de s’acclimater, soigner le rhume de Papy et regarder la finale de coupe du monde de rugby.

Les Vallées Calchaquíes

Au sud-ouest de Salta, une route spectaculaire mène en direction de Cachi. Au sommet, le Routard nous décrit « un immense plateau peuplé de troupeaux d’ânes, de vigognes et de vaches (…), vous aurez peut-être la chance de voir voler des condors ». Nous, on était dans les nuages, avec une visibilité de 15m maxi… Mammifères et volatiles ont dû apprécier notre passage discret. Puis en quelques instants lors de la descente, un ciel bleu magnifique est apparu au-dessus du parc national Los Cardones (cactus), que nous traversons par une longue ligne droite, la Recta Tin Tin (14km). Soirée agréable à Cachi, bourgade paisible.



La suite est une portion de la « routa 40 », qui descend jusqu’en Terre de Feu, et presque totalement en piste jusqu’à Cafayate. Nous traversons Seclantas et Molinos pour dormir le deuxième soir à Angastaco, petite ville-oasis de la vallée.




Nous passerons les 3 nuits suivantes à Cafayate, au cœur d’une région vinicole importante d’Argentine.



La quebrada de Cafayate, en direction de Salta, propose des paysages arides composés de grés aux couleurs chaudes formant des ensembles rocheux spectaculaires. Les strates sédimentaires, creusées et tortueuses, forment tour à tour des canyons, des gorges, ou un amphithéâtre ; les gris, rouges et orange des roches s’ajoutent aux verts et jaunes de la vallée pour de magnifiques tableaux polychromiques.



Nous passons aussi une journée à Quilmes, à environ 60km de Cafayate, peu attirés par la bière du même nom, mais plutôt pour déambuler dans les ruines du village indien, parsemées de magnifiques cactus. Les indiens Quilmes (faisant partie de la grande communauté des indiens Diaguita) sont antérieurs aux Incas auxquels ils résisteront. Mais les conquistadors espagnols finiront par les réduire de 5000 à 2000, avant de transférer les derniers d’entre eux à Buenos Aires. Les descendants demandent une restitution de leur territoire ainsi qu’une reconnaissance de leur identité.

Retour tranquille sur Salta, où nous restons encore quelques jours pour profiter des températures élevées, des empanadas et asados (grillades de viandes).



 




mardi 18 octobre 2011

BOLIVIE

SUD-LIPEZ ET SALAR D'UYUNI - 8 au 17 octobre  


Après 24 heures passées à Oruro, ville sans charme mais avec une sympathique place centrale, nous prenons le train de nuit pour Tupiza, qui nous semble être un point de départ plus intéressant qu’Uyuni pour le sud bolivien. A noter tout de même d’excellents salteñas dégustés avec de délicieux jus d’oranges sur cette même place. Le train longe le lac Poopó, que nous devinons grâce à un joli clair de lune. Au départ, la pub du train nous vante un trajet unique, inoubliable, dans des wagons top confort. C’est vrai, manger des pâtes et une omelette dans le wagon restaurant donne des airs d’Orient Express ; c’est vrai, les paysages au petit matin sont somptueux…Pourtant nous oublierons vite les deux navets américains passant sur les écrans avec un son, lui, en revenche, inoubliable pour lequel il faudra se fâcher un peu…                            

A Tupiza, première rencontre depuis notre départ avec une famille voyageuse, la famille Bellanger (Marius, Tom, Arthur et leurs parents). Journée et soirée agréables en leur compagnie, nous les retrouverons peut-être plus au sud. Voir leur site dans la rubrique « Blogs d’amis voyageurs ».


Freddy le pilote et Emma la cuisinière nous accompagnent pour ces 4 jours dans le sud de la Bolivie.
Au fil des pistes, nous apercevons parfois des maisons isolées, à côté d’enclos murés avec troupeaux de lamas dont les têtes dépassent. Mais surtout, nous avons droit à une succession de paysages, synthèse des environnements désertiques de la planète : des colonnes imitant des termitières rouges géantes, des paysages dignes du Far West, ou des dunes de sable n’ayant rien à envier à celles du Sahara. Aussi d’immenses vallées ressemblant au grand rift de l’Est africain, où on devine un lit de rivière, le plus souvent à sec, bordé d’herbe et de petits arbustes verts ; les gnous, zèbres et girafes sont  simplement remplacés par des moutons, lamas et vigognes.

Nous passons aussi à proximité de geysers à près de 5000m, avec un vent à décorner les lamas.

Une piscine naturelle à 37° dans le salar de Chalviri

Enfin, un festival de lacs très colorés, d’où souvent leur nom. Un des plus connus est la laguna verde, au pied du volcan Licancabur (frontière avec le Chili). La NASA y a envoyé certains de ses équipages, l’atmosphère hostile et les paysages lunaires s’approchant de ce que les astronautes rencontraient sur la Lune. De mauvaises langues ont pu affirmer que c’était aussi plus simple d’y filmer leurs expéditions lunaires… La laguna colorada est la plus majestueuse, par son étendue, sa couleur (des zones rouge-sang) et surtout les milliers de flamands, indifférents au vent, souvent sur leur unique frêle patte, alors que nos deux jambes nous suffisent à peine pour faire face aux bourrasques. La nuit le froid est terrible. Il a fallu multiplier les épaisseurs pour éviter la congélation. La soirée a été sauvée par un vieux poêle. C’est ici que nous rencontrons d’autres couples partis eux-aussi avec « Tupiza Tour », Laure et Gwen, Marion et Mathias, Livia et Tanguy. Les conditions climatiques difficiles resserrent les liens. 
   
  
 


La dernière nuit a pour cadre un petit hôtel entièrement conçu en briques de sel, en bordure du salar. Le salar est un immense désert de sel, dont la superficie est l’équivalent de 2 départements accolés, comme la Vienne et la Haute-Vienne (au hasard). A 3600m d’altitude et sur 40m d’épaisseur, il est constitué de couches de sel et de glaise. Plus de la moitié des réserves mondiales de lithium s’y trouve : le gouvernement bolivien prévoit à terme son exploitation, sous contrôle total du pays pour exportation, et ce malgré la protection théorique du site.






Les pilotes s’amusent à se courser autour de 120km/h. Le sel est parfois très lisse, souvent prenant des formes hexagonales. Nous atteignons l’Isla del Pescado, au lever du soleil. Magnifique île plantée au milieu du salar, avec de gros cactus. Etrange impression de vaisseau fantôme sur une mer irréelle. C’est aussi pour Sylien l’occasion de vivre un moment mémorable : les deux cuisinières ont préparé des gâteaux et c’est donc ici que nous lui fêtons ses 10 ans, accompagnés de « feliz compeaños ». 
  


 













Le retour entre Uyuni et Tupiza sera marqué par deux ensablements du 4x4 : il a fallu pousser en pleine tempête avec nos petits bras.



A Tupiza avant de quitter la Bolivie, quelques jours pour se promener dans les environs (notamment rando à cheval), paresser au bord de la piscine avec Livia, Tanguy et Tiphaine, et regarder (un peu tôt) les demi-finales de coupe du monde de rugby.



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LA PAZ - du 3 au 7 octobre


Venant du Titicaca, on traverse El Alto, périphérie qui ne finit pas de s’étendre avant La Paz. Puis on bascule sur La Paz. La paix y est relative, pour cette ville qui s’étend de 3200 à 4000 mètres d’altitude. En bas, les quartiers chics, les tours d’affaires. Plus haut, le centre historique, avec musées, quelques rues piétonnes. Plus on monte, plus la précarité apparaît. Sur les flancs des montagnes, des maisons en parpaings avec un réseau impressionnant d’escaliers raides.



Près de notre hôtel, des rues commerçantes spécialisées : une pour la viande, une pour la robinetterie, une pour le papier toilette, une pour les fruits… et une où se répartissent T-shirts de foot et fœtus de lamas ! Eh oui, il paraît que ces derniers, enterrés dans les jardins, assurent bonheur et prospérité. En attendant, suspendus dans la rue, c’est plutôt repoussant (pas de photo sur le blog, pour ne pas choquer notre jeune public). Autre curiosité, les cireurs de chussures : beaucoup d’entre eux sont masqués, car les étudiants faisant ces petits boulots ne souhaitent pas être reconnus de leurs camarades.





Après quelques musées intéressants (à nouveau un musée d’instruments de musiques, avec des instruments que cette fois nous sommes autorisés à manipuler), quelques lectures à l’alliance française, nous quittons la Paz en bus panoramique, aux premières loges pour observer le paysage et surtout le spectacle de la rue. Et il y a de quoi voir : des taxis qui s’arrêtent aux côtés du bus et déchargent des tonnes de sacs dans les soutes. Le bus se vide parfois, le temps que les passagers descendent s’acheter à manger, puis repart au bout d’un moment, nous permet d’admirer des mariés se faisant prendre en photos à la sortie de la Paz sur un pont au-dessus d’une 4 voies…



En route, nous apercevons parfois des cimetières au milieu de nulle part, souvent sans enceinte ce qui permet aux ânes de s’y promener et d’y bouloter les fleurs les plus fraîches. Malheureusement aussi, une bande de 20 à 30 mètres de déchets, bouteilles vides et sacs plastiques (quand ce ne sont pas des déchets toxiques du type batteries) de chaque côté de la route. A l’image de l’Equateur et du Pérou des progrès restent à faire dans le domaine du traitement et du recyclage des déchets ; le contraste entre le culte à la Pachamama (Terre nourricière) et la manière de la traiter est souvent consternant. Enfin, nous croisons les derniers manifestants (qui quelques jours plus tôt avaient beaucoup fait parler d’eux en défilant à la Paz et en bloquant les bus sur les routes principales) : le projet de construction de route traversant une réserve indigène, sans consultation des habitants concernés, menace faune et territoires indigènes, ce qui a provoqué une vive émotion dans le pays. Evo Moralès, pourtant premier président issu des communautés indigènes (il est Aymara), s’est montré inflexible en mettant en avant le développement économique du pays. A suivre.


Un coup de cœur enfin pour une initiative remarquable : celle d’Anne Courrège, une Française installée à Cochabamba et qui depuis plusieurs années va à la rencontre d’enfants dans des communautés avec un bibliobus. Tapez «  ayni.org » (organisation dont dépend le projet au niveau institutionnel) ou « bibliobus cochabamba » sur un moteur de recherche pour en savoir plus. Faute de temps, nous n’avons pu nous y rendre mais l’encourageons de tout cœur, n’est-ce pas Danièle…

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COPACABANA et l’île du Soleil - 28 septembre au 2 octobre

Copacabana

Copacabana est situé 8km après la frontière. Le passage terrestre de la frontière est épique : on quitte le bus pour parcourir différents bureaux côté péruvien, puis on passe la frontière à pieds, re-bureaux côté bolivien (plein de jolis tampons sur les passeports) et on reprend le bus.






Copacabana n’est pas une jolie ville, mais la baie, dominée par plusieurs monts, est agréable. Nous montons le chemin de croix au-dessus de la ville. Mais surtout, avant de partir pour la Paz, nous faisons un détour par la cathédrale pour une étrange cérémonie, un baptême pas tout à fait comme les autres : des prêtres bénissent des voitures et bus, décorés de fleurs et garnis de crucifix et de cierges (même dans les moteurs, qui font probablement double emploi avec les bougies…).


Isla del Sol
   














Nous choisissons de contourner l’île pour ne pas l'aborder au Sud (port du village principal) mais plutôt au Nord. Cela nous permet de traverser l’île en plusieurs heures par un très beau chemin, passant à proximité de ruines incas encore en très bon état, et qui rejoint le village d’Yumani. Nous resterons 2 nuits chez Yola et Nolberto. Ils ont 3 filles, de 11 (Daniela), 6 (Clara) et 1 an (Liliana). Les deux grandes sont très excitées à l’idée de participer le lendemain à la fête de l’école, et nous sommes bien évidemment invités.


Samedi, avant donc la fête de l’école, Carla nous montre elle aussi son cahier de lecture et tous les mots qu’elle connaît. Elle est également très contente de taper certains mots sur un de nos ordis : c’est bien plus amusant qu’écrire sur une feuille, et pas besoin de gomme pour effacer les bêtises ! Puis vers 10 heures, Daniela part en direction de l’école, vêtue de blanc, avec une écharpe tricolore (verte, jaune, rouge, bien sûr) et un drapeau. Carla est fière ensuite d’y emmener Juliette et Sylien. Si vous avez en tête le stand frites-merguez, des jeux pour les enfants ou un lancer de ballons, oubliez. Une fête de l’école sur l’Isla del Sol est en fait indescriptible. Nous allons pourtant essayer.


L’école ressemble à n’importe quelle école, une grande cour rectangulaire, bordée de salles de classes. Quand nous arrivons, différents groupes sont en file indienne autour de la cour. Quelques groupes d’enfants, mais surtout des adultes, des danseurs, des musiciens. Le cortège défile ensuite devant « les autorités »  (hommes qui pendant une période définie consacrent leur temps à la communauté) et leurs femmes. La cacophonie est générale puisque au moins trois groupes de musiciens jouent en même temps sur un périmètre restreint. On a par exemple un groupe d’hommes avec d’énormes épaulettes recouvertes de peau de fauve, équipés de flûtes. On voit aussi un groupe de danseurs et musiciens aux couleurs très vives (même carrément fluos) dont les origines sont la région de Potosi. Un groupe de danseurs fait penser aux « joyeux turlurons » de Tintin et les Picarros. Des groupes de femmes portant le costume traditionnel défilent avec leurs enfants, d’autres avec un immense drapeau bolivien. Tout cela reste, au moins dans un premier temps, très solennel. Suivent d’ailleurs quelques discours, en Aymara ou en Espagnol.
Ensuite, les groupes passeront plusieurs heures à danser en alternance.



Nous reviendrons en fin d’après-midi. Les danses sont moins précises, les musiciens moins appliqués, les « autorités » un peu moins dignes : une corrélation avec les centaines de cadavres de bouteilles de bière n’est pas à exclure… Des touristes ont aussi fait leur apparition. Nous préférons le spectacle donné par le soleil couchant.